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DANS LE DESERT DU BAR

Vases Communicants de décembre 2011

1 Décembre 2011 , Rédigé par LSARAH DUBAS Publié dans #Vases communicants


 1) "Mo-quartet- bubblegum-pl photographie d'Ernesto Timor répond à mon texte ci-dessous "Jamais De Vodka Le Vendredi  daté du 29/11/2011

2) Tandis que j'ai, en écho à "1111 - briganda0107"  2ème photographie d'Ernesto Timor répondu avec  le texte : "Coeur Animal"   daté du 30/11/2011 et que vous pourrez découvrir sur son blog IRREGULAR  VASES> BLOG ERNESTO TIMOR /

L'échange donc presque instantané (deux jours ) images / textes entre Ernesto et moi a été réalisé dans le cadre de l’édition décembre 2011 des Vases communicants ; réseau d'échanges littéraires auquel je participe pour la première fois.                         (plus d’infos en bas de page) ! 

Je vous conseille vivement d'aller vous balader sur le blog Irregular où Ernesto Timor fouille les lieux de mémoire que sont les corps dans des espaces hors du temps et du quotidien, qui nous questionnent sur notre confrontation au monde

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                        JAMAIS DE VODKA LE VENDREDI 

_C’est vous les miraculés ? Comme je vous plains.

_Toujours le mot pour rire Diego

_Penchez-vous à la fenêtre. La lumière est une lame de couteau transparente. Les assassins ne veulent jamais laisser de témoins. Ni traces, ni témoins. Je vous conseille de rester là. Les hommes deviennent des chiens et les chiens sentent votre peur pour finir par renifler votre âme. L’attente tragique. Attendre les barbares. Et toi, Margaret, prends tes pilules. Ce n’est pas parce que tu as laissé ce que tu possèdes dans ton cottage rustique dans le Kent, que tu dois te vautrer dans l’angoisse. Chers amis, la déconstruction est en marche et qui dit déconstruction…

_La page contient un bord droit et un bord gauche, une tentation d’accrocher la folie, cette matérialité du monde. Voyons, qu’en penses-tu Margaret ?

_Des Bords val more... En quelque sorte...

_Vos mots, mes amis, viennent de franchir les cadres, ils sont purement et simplement tombés dans l’océan, avec tout ce qu’ils contenaient. Dommages sans intérêts.

_Un dimanche de janvier comment ne pas se tirer une balle dans le pied. Je me sens lâche par rapport à mon père, à ma mère, à mes ancêtres si je laisse s’écrouler ce monde autour de moi.  On agit en réparation. On pense à eux. Cependant, je ne peux passer ma vie à me battre contre les assassins.

_Alfred, vous savez bien qu’il faut des boucs émissaires. C’est le vertige des mathématiques.

_A vous entendre parler, j’ai la nausée. La clandestinité n’est pas mon fort.

_Ne sois pas serviable, la communauté s’en fout, elle veut des tueurs. Cette pensée vient me saluer, je vous la donne, à vous et à Margaret.

_Vous êtes trop bon Diego.

_Je réclame juste l’usage de la pédale. La pédale forte pour enrober l’interprétation. A jouer les notes seul, je me fatiguerais trop.

_Dévalisez les lauriers qu’ils ne reposent pas sur les barbes à papa. Ils sont bien trop vieux, plus en état de prendre des décisions. Il faudra songer à taguer les saisons. Et puis shit pour soigner il faut faire le diagnostic, appelons un chat un chat !

_Que dis-tu Margaret ? Ta vulnérabilité te perdra. Et vous Alfred, ne pensez-vous pas que vous êtes seul, moi, je mouille ma chemise.

_Je suis vivante Diego, autant que toi et Alfred.

_Margaret a raison, Diego, ou alors nous ne serons plus humains et nous nous mettrons à ressembler à ceux que nous abhorrons, des chiens policiers qui obéissent quand on les siffle. 

_Les souvenirs sont beaucoup trop présents. Peuplés de bêtes sauvages. Le sombre travail de la nuit. J’aimerais que quelqu’un atteigne à ma mémoire, Alzheimer, par ex. Il y a des tentatives d’épuisement qui n’ont pas de fin. Une sorte de rage énergisante.

_Ne dis pas de bêtises, Margaret. Je vais te masser les pieds jusqu’à l’extase. Tu verras tu oublieras.

_Voilà Margaret, Alfred va jouer son rôle. Et moi, le mien. Chacun dans la course et nous gagnerons ensemble. Les germes de la terreur ont été semés, il y a bien longtemps, le mal fascine les imbéciles, les désœuvrés, les malheureux et tous les frustrés de la terre, ça fait du monde. Nous voilà réunis pour essayer de passer à travers les gouttes, comptons sur l’imagination du vent pour ouvrir les parapluies.

_Alfred, c’est toi le ministre du plaisir ?

_Oui, ton dévoué chevalier, il faudra bien passer le temps Margaret, et il risque d’être long. Diego, dans la course ? Oui, mais je parie qu’aucun bookmaker ne parierait sur nos têtes. Sauf pour les mettre à prix.

_Très bien Alfred, tandis que tu joueras à me décontracter l’âme, je lirai donc le Seigneur des Anneaux, désespérément, dans un abandon durable et définitif. Alfred ?

_Oui Margaret ?

_Les meilleures années de notre vie sont derrière nous ?

_Tu ne trouves pas Alfred qu’en disant cela Margaret ressemble à une Madone.

_Il paraît qu’on a retrouvé les morceaux de corps cachés et transportés dans des quartiers de boeuf.

_Mais c’est dégoûtant ! A qui appartenait le corps ? 

_Ils ont cru que c’étaient les nôtres

_Es-tu sûr Diego ? Mais alors, nous pouvons aller nous distraire au tir à la carabine avec des masques de Mickey ?

_Continuer à jouer aux échecs ?

_Nous avons eu de la chance. Ton manteau est tout tâché Margaret. Nous vivons dans le mensonge, comment se défendre face au mensonge.

_Que leur nom et celui de leur descendance soient effacés à jamais... Dans les restaurants, mon amour dessinait sur les serviettes en papier, parfois même, sur celles en tissus, comme une volonté de marquer le temps, plus que le temps ne le marquait. A 50 ans, il ressemblait toujours à un adolescent, figé dans sa jeunesse, les trottoirs de la ville éclaboussés de ses amours nocturnes. Habité de passions incontrôlables. Mon père m’a toujours répété ceci « méfie-toi Margaret, des personnes pour lesquelles tu éprouves une passion immédiate, avec qui tu partages tous tes points de vue, généralement, c’est très mauvais signe. » 

_Ton pauvre père avait raison Margaret. Quelle fête foraine ! Jeunesse ! Faite de joints et d’utopies ? J’aurai une peau douce sous la main à caresser que je ne m’en porterais que mieux. Si nous ne nous faisons pas voyants, c’est la mort qui nous attend et je veux encore pouvoir siffler un jupon qui passe sur le trottoir, et si je suis ton pauvre père, j’aimerais siffler un jupon avec lequel je n’ai aucune espèce d’affinité. Etre comblé au présent immédiat d’une manière terre à terre m’eût été bien suffisant.

_Un désir qui te coûterait cher Diego. Tiens, si tu veux une peau douce, touche la mienne, ça t’évitera de risquer la tienne sous les balles. 

_J’ai devant les yeux une ligne d’horizon que ma main ne peut toucher, même en fermant les yeux comme font les enfants. Nous avons mangé les dernières miettes du gâteau sous un ciel jadis bleu.

_Margaret, tu fais peur aux démons. Tu vas nous filer à l’anglaise dans tes souvenirs, te faire la malle de vivre tandis que Johnny Guitar est dans un bordel de Bombay ivre mort en train de dessiner les putains sur des nappes en papier, malheureusement, je ne bois jamais de vodka le vendredi, nous sommes bien vendredi n’est-ce pas ?

_Ne compte pas sur moi Diego pour dîner de langues de belles mères en farces et attrapes. Le temps presse et l’argent manque. Je vais prendre tous les contresens, délivrer la langue, convoquer les nombres. Leur dire ce que je pense de ce souillage que l’on fait  d’eux sous de fallacieux prétextes. Senza vergogna ! Corrompus pervertis violents ! Que les couronnes sont lourdes à porter quand les rois sont des imbéciles, des vaniteux, des incapables, des dictateurs, des affameurs !

_Diantre. Dis-le dis-le ! Cette fascination morbide que le peuple a pour les dictateurs. Ne baisse pas le regard. Nous sommes fatigués d’attendre. Fatigués d’attendre.

_Saisis d’effroi. Le désir trompé depuis le début. Un naufrage. Droits de l’homme, des principes, qu’ils défilent tous avec leur slogans, mon cul oui ! Une vue de l’esprit. Quelle liberté ? 

_Diego, Margaret, je vous offre une confidence. Lentement, pièce après pièce, pensée après pensée, mot après mot, tout disparaîtra.

-------------------------------– Ok ! Si vous jouez comme ça les enfants, c’est nous qui disparaîtrons ! S’il vous plait, un peu plus d’énergie dans le désespoir, ils rient, c'est la fin, comprenez-vous ? On est en retard, allez vite, on reprend la répétition – A jardin !                 

 

 

  Mo-quartet-bubblegum-pl

Photo : Ernesto Timor BLOG d'ERNESTO TIMOR                   

Le Tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète mensuelle des participants se trouve ici ainsi qu’une synthèse visuelle du mois là-bas.

 

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