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DANS LE DESERT DU BAR

Je suis souple et joyeuse je meurs chaque nuit

8 Septembre 2011 , Rédigé par LSARAH DUBAS Publié dans #Publications

C'est une figure d'insoumission à l'ordre établi une anamnèse dont elle subit les désordres organiques un sirocco une anastomose qui déplacent les mots des bouches étrangères à son percolateur interne Une diagonale liquide s'établit alors entre les bouches et son sexe Il lui est difficile de remonter le courant pour ainsi dire un retour à l'envoyeur un tri possible qu'elle ferait pour ne pas tout engloutir mais les paroles du monde doivent suivre leur chemin pour aller mourir dans son corps Ce qui fait d'elle un éboueur de sens de tous les langages possibles et surtout la connerie sociétaire

Les mots enfilés comme des perles par les bavards étaient pissés sans sommation sitôt prononcés Ainsi ne restaient plus des entretiens en sa compagnie que quelques phrases mots abscons pour le moins énigmatiques Tout filait immédiatement à la poubelle Les conversations s’écourtaient jusqu’à ressembler à des haïkus  Sa vessie prônait une vidange assainissante et expéditive de tout ce qu’elle jugeait ennuyeux mesquin vain inutile ou assassin Parfois il ne restait plus rien d’une conversation amorcée quelques heures plus tôt pas une phrase ni un mot ni une syllabe   Rien   Elle jugeait le plus souvent que rien ne valait la peine presque aucune conversation ne trouvait grâce à ses yeux et n’échappait à la liquidation effective On pouvait la voir s’enfuir après une phrase malheureuse revenir écouter bienveillante ce que l’autre avait à dire mais voyant qu’il ne sortait rien qui vaille elle repartait aussitôt dépitée la mine triste pour l’évacuation

Je noierai ce monde absurde sous un torrent d’urine Leurs bouches avides boiront cette pluie acide qu’ils méditent leurs forfaits meurtriers qu’ils expient en silence le poids de leur crime les assassins qui ont posé leur regard sur les ailes immaculées ces vid’Anges qui ont mis les femmes et leurs enfants les hommes en deux rangs séparés destinés pourtant au même sort  

ont fait de nous des égarés


 

@ Extrait d'extrait "Vid'Ange" 2005 paru dans la revue Supérieur Inconnu

 

 

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